Tout le monde veut gouverner mais personne ne veut être citoyen

lundi 29 août 2016.

Devant la situation sociale actuelle, les circonstances environnementales présentes, la conjoncture économique courante, le contexte culturel existant, il y a l’Algérien lambda, le « pauvrico », ce laissé-pour-compte de la société, le petit bourgeois (fils à papa), et l’intellectuel de tout horizon.

Ce qui nous importe le plus dans cette petite contribution superficielle, ce sont plus ces intellectuels, ils ont tendance à avoir la préférence de se déclarer fidèles à leurs opinons, à leurs idées, tout en fermant les yeux sur la passion et à la sollicitation du positivisme portant sur les situations avancées ci-dessus. Au départ, cela me fait penser aux partisans qui envoient valdinguer le bien pour semer plus de mal, des réactionnaires égocentriques valsant dans les champs pour faire fleurir le non-droit, la bureaucratie, la corruption, le clientélisme, le désordre…

Tout ce beau monde veut gouverner, mais personne ne veut être citoyen ; dans ce cas-là, ou est la cité ? On dit souvent « qu’une république n’est point fondée sur la vertu ; c’est l’ambition de chaque citoyen qui contient l’ambition des autres ». Il y a aussi ceux qui ont combattu pendant des années par conviction, s’opposant aux bureaucrates, aux « Si flen », aux petits bourgeois du jour, au gain facile, aux rentiers… Ils ne demandent que la reprise du flambeau ! Des responsables, qu’ils soient politiques engagés, économistes disposés, intellectuels enrôlés et l’ensemble de la société ne doivent pas se démettre ni se laisser emporter par l’actuelle dictature des « khobzistes », des affaires qui menacent la paix et ne laissent pas de place à la démocratie.

Alors on préfère par persuasion devenir un véritable militant engagé. Une éventualité pour rejoindre dans le meilleur des cas le courant, l’école ou l’approche de l’histoire qui doit se poursuivre grâce à chacun de nous. Et cet école, ce courant et cette approche se fondent vers plus de justice, plus de liberté, plus de valeur, plus de morale, plus d’équité, tout en faisant attention que ça ne soit pas cette liberté incontrôlée du renard dans le poulailler.

On ne demande que respecter la loi et que la loi soit au-dessus de tout le monde et, par civisme, s’efforcer de la faire respecter. Les « citoyens » sont donc moralement contraints de se conformer aux règles que les représentants du peuple ont fixées. De plus, le respect de la loi est une condition nécessaire pour vivre dans une société organisée et ordonnée où ne règne pas la loi du plus fort, de l’argent, ni de « Si flen ». Savoir respecter les autres et faire preuve de civilité par la légitimation mutuelle sans distinction aucune. Le respect mutuel constitue l’un des fondements des relations interpersonnelles, mais aussi et surtout de la paix sociale.

Savoir également défendre son environnement en apportant sa contribution dans les différents domaines : alimentation, consommation, eau, énergie, transport, produits chimiques, jardinage, espaces publics, etc. Les petites actions solidaires à l’échelle de nos communes, si tous les citoyens algériens s’y mettaient chacun dans leur coin, quartier, ville, cela réduirait pas mal de dégâts au niveau de notre environnement (la saleté et le désordre). Il suffit d’un peu d’investissement de chacun pour agir efficacement.

Parler, réfléchir, dénoncer, c’est bien, mais agir c’est mieux... Il s’agit également de cultiver une nouvelle pensée critique, c’est-à-dire développer sa disposition à analyser attentivement une information avant de la tenir pour vraie. La pensée critique permet d’éviter de se faire trop rapidement une opinion ou de tirer des conclusions hâtives. Apprendre à raisonner correctement, se méfier des explications et des solutions toutes faites, trop simples.

Aller au-delà des apparences, prendre en compte les différents points de vue. Ce n’est pas une romance, c’est toute une histoire qui se passe autour d’une table quotidiennement à une terrasse de café. Journaux, cigarettes, café presse et lunettes de vue ornent la table mal nettoyée autour de laquelle une discussion enflammée à propos de l’état de la cité pour tuer ce temps, déjà mort, à coups de cigarettes et de cafés. Il s’agissait au départ de faire un constat exhaustif de l’état de la cité, ensuite celui du pays.

Le mal est partout, il est dans notre peau, dans notre économie, dans notre nouvelle culture, dans les comportements et les conduites des individus. Ce mal est aggravé aussi par l’incivisme, le non-respect des valeurs, l’absence de morale, le non-droit. L’Etat et ses institutions font de la figuration…

Le printemps, l’été, l’automne et l’hiver sont des saisons devenues aujourd’hui obsolètes par leurs contretemps, leurs imprévus, leurs empêtrements et leurs embarras. Les meilleures saisons sont les saisons sportives, elles meublent les creux de l’oisiveté, font divorcer pour un temps les jeunes de leur mur accompagnateur (hittistes), pour vivre en virtuel un match sur TV satellitaire ou des galas de music rap ou raï… Ainsi, les individus sont anesthésiés, ils hurleront fort leur soutien populaire dans des stades ou devant leur TV plutôt que de se pencher sérieusement et de façon constructive sur des sujets qui touchent leur cité et qu’ils pensent qu’il ne leur appartient pas de prendre en charge.

Maintenir les individus comme un troupeau de moutons soumis est le rêve de bien des pouvoirs. Pour y parvenir, les moyens sont nombreux pour les intoxiquer et la saison des sports peut être fort efficace. Le citoyen — et non l’individu, la nuance est faite autour de la table du bistrot du coin — c’est celui qui participe à la vie et active de son plein gré dans son quartier, sa cité, sa ville… Il partage avec ses « concitoyens » ce pouvoir de faire la loi locale (règles, valeurs et morale). Si la loi est appliquée, le civisme prend forme et acte. Et si tout le monde s’entendait pour ne plus payer d’impôts, il n’y aurait ni gendarmes, ni policiers, ni lycées, ni hôpitaux, ni éboueurs, ni éclairage public parce qu’il faut de l’argent à l’Etat ou à la ville pour entretenir tous ces services. Par conséquent, ce qui n’est pas désavantageux pour la cité ne l’est pas non plus pour le véritable citoyen ; c’est une règle que chacun devrait appliquer.

Aux jeunes, je dis : regardez un peu autour de vous, vous y trouverez les questions qui justifient votre mauvaise situation : le problème de l’emploi, le piston, l’Ansej, les passe-droit, l’inculture, l’oisiveté… Imaginez-vous cette fois-ci devant des situations concrètes qui vous amènent à donner du tonus et du plaisir à une forte action citoyenne. Cherche tu trouves ! Vos droits ne vous seront accordés que si vous remplissez votre devoir de citoyen. Le nationalisme n’est pas la plus haute conception.

La plus haute conception est la valeur ajoutée utile, nécessaire et agréable à la cité. Avant d’aspirer à un cadre agréable, à des commodités somme toute légitimes, les citoyens ne devraient pas compter que sur l’apport de l’Etat qui assure quand même une grande partie de ses prérogatives. Il faut se mettre en tête que l’Etat ne peut pas tout. Et si les frustrations des uns conduisent à des comportements inappropriés, ce n’est certainement pas une raison pour que tout le monde adopte les mêmes agissements. Le savoir-vivre et le vivre-ensemble répondent à des règles de vie communes qui ne peuvent apporter que paix et tranquillité pour le bien des citoyens. Le fonctionnaire, le chômeur, le commerçant, les faux élus font infuser le désordre et la morosité dans la cité.

Les associations, sportives, religieuses, de parents d’élèves, culturelles, de quartier… se noient dans ce désordre et n’arrivent pas à réunir des militants engagés, émancipés, bienfaisants pour la société afin d’assurer des responsabilités, de prendre la direction du changement pour mettre de l’ordre en général dans la cité… Je pense à mes collègues : étaient-ils sincères par les paroles, menteurs par les actes, fossoyeurs par les idées, mystificateurs par les apparences ? Ils en avaient assez d’être dans l’opposition intellectuelle à quelques années de la retraite et aspiraient à être aux affaires dans le mouvement du changement.

Le « ni ni ! » n’enfante pas cette éloquence citoyenne. L’école émancipée s’est toujours battue contre le moulin à vent où les approches restent vaines. Il était difficile de participer concrètement à la construction et la mise en œuvre d’une nouvelle école émancipée avant celle qui préconise les principes initiaux de valeurs, de morale, d’équité, de justice, de mérite, de citoyenneté… de ce courant, de cette école et de cette approche ! D’autres faux militants et anciens activistes, arrivistes, affairistes, anarchistes, avant-gardistes, bolcheviks, communistes, contestataires, extrémistes, nihilistes, novateurs, républicains, révoltés, trotskistes ont préféré s’adapter au système rentier, préférant avant tout leur plan de carrière personnel. Ce sont les carriéristes occupant de hautes fonctions, ils se nomment aujourd’hui khobzistes, cambistes, FLNistes…

Hier révolutionnaires, aujourd’hui bien installés dans le libéralisme commercial, rentiers avec les nouveaux arrivistes affairistes, RNDistes... Des cas d’espèce existent, comme ces nouveaux milliardaires sur fond de « rente » qui, tout en n’étant plus révolutionnaires, ont refusé les palais mais pas la rente, ils continuent à défendre les mêmes idées cambistes mais de façon rentière. D’autres — comme ces « intellectuels lambda » de terrain qui ne veulent point laisser le terrain aux rentiers, aux incompétents, aux egocentriques — poursuivent leur militantisme originel mais en agissant sur d’autres terrains plus fertiles, dans des sphères plus oxygénées que le strict sujet « boulitique » : tous ceux qui militent pour essayer d’améliorer la vie d’une famille, soit d’un quartier, d’une cité, de leur pays ou des autres humains, pour l’avenir meilleur dans une cité respectée, tous ceux-là le font généralement avec amour et passion. Il est donc normal que cela leur procure un véritable plaisir, même quand ils essuient un revers.

Car un vrai militant ne subit jamais un échec puisqu’il possède à l’intérieur de lui-même une force qui le pousse à repartir de plus belle car plus la partie est dure, plus il doit se manifester pour se battre durement. Les difficultés justifient l’engagement, telle est la devise du militantisme que les affairistes ne connaissent pas.

Chacun donne un sens à sa vie. Se battre pour améliorer le présent, c’est aussi agir pour l’avenir et semer quelques graines sur le long chemin parcouru par l’humanité. Ces gens-là sont dans des associations, ils participent aux mobilisations sociales et cherchent avant tout le bien-être et la prospérité de la cité et du parent pauvre qu’est le « citoyen ». Ils militent parfois plusieurs jours par semaine, même à la retraite. Il y a ceux qui disent, ceux qu’ils agissent pour les autres et ceux qui veulent faire et n’osent pas… Quand le lieu où je « siège » (terrasse de café) n’est que du faire-valoir, je l’abandonne car je n’aime ni les strapontins ni les fauteuils de salon et je cherche un tapis d’alfa (h’sera) qui me fait penser aux révolutionnaires de la Guerre de Libération, pour siroter un café tout en regardant ce que je pourrais éventuellement faire pour supprimer l’oppression, la servitude….

Ce qui motive l’intellectuel convaincu, ce n’est pas l’altruisme, c’est plutôt le plaisir de faire, de bien faire, d’avancer, de monter des projets et de les réussir…. Quel plaisir que de voir un petit changement positif, comme par exemple lutter pour que la cité soit ordonnée et propre ! Quel plaisir de se sentir citoyen utile, citoyen qui se bat tous les jours pour une révolution sociale qui n’est pas encore venue mais qui se prépare… ! Le citoyen refuse toute représentation de « prestige » non pas parce qu’il serait sans reproche mais parce qu’il aurait peur de s’y ennuyer. Le « militant » citoyen autosatisfait est un courant, une approche, une école en voie de disparition.

Heureusement qu’il reste de vrais citoyens responsables qui, sans faire du bruit, sans défiler sous des mots d’ordre, font silencieusement leur office. C’est vrai qu’il doit battre le pavé pour lutter contre la désorganisation de la cité, regrouper les compétences afin d’améliorer le climat social, dégager des moyens pour améliorer la situation de la vie sociale... et surtout essayer de convaincre par la négociation, la gestion des intérêts de chacun... Le militant se définit comme suit : du latin « militia », service militaire. A l’origine, le militant était un soldat qui défendait une cause. Le militant est celui qui soutient activement une cause, une idéologie ou un parti. C’est aussi un adhérent à un parti politique, une organisation, une association. Les militants possèdent divers moyens afin d’atteindre leurs objectifs de « désobéissance civique » ; ils utilisent :

- l’action directe (théorie politique), l’insoumission, l’objection de conscience, le refus de payer des impôts.
- des actions culturelles : théâtre de rue, chanson engagée, littérature engagée.

- les manifestations : marches, rassemblements, sit-in, barrages routiers, barricades.
- le militantisme politique : partis politiques, groupes de pression politique.
- le militantisme médiatique : piratage, utilisation de l’internet (réseaux sociaux), pétitions.
- la propagande : pamphlets, affiches, tracts, graffitis.
- le militantisme économique : associations de consommateurs, boycott, vente directe sauvage, commerce équitable, lobbying
- le militantisme dans l’entreprise : syndicalisme, grèves.
- les mouvements pacifiques ou non violents. n le recours à la violence, au terrorisme.

C’est sûrement avec de telles actions de parade que l’on se construit un « poster » de citoyenneté si haut qu’il faut en partager l’expérience exceptionnelle à travers les réseaux sociaux. Si cette contribution reste un exemple à méditer et non une baudruche, alors le quartier, la cité et le pays n’ont que faire de cette dimension ; le militant et le citoyen peuvent dormir encore !

Par Benallal Mohamed

Ancien cadre - EL Watan


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