Nous avons l’honneur de venir vous demander, en votre qualité de premier défenseur des Algériens, de bien vouloir nous rétablir dans nos droits.
Etant des employés de l’entreprise CAT, Consortium Algérien des télécommunication, plus connue sous l’appellation Lacom, une joint-venture entre les entreprises égyptiennes Orascom Telecom Holding et Telecom Egypt, nous nous retrouvons aujourd’hui pris en otages, face à un chantage et à un comportement indigne de tout homme d’affaires qui se respecte.
L’entreprise, ayant lancé son activité de téléphonie fixe officiellement le 22 février 2006, a subitement décidé, en octobre de la même année, d’arrêter les ventes de lignes
et le déploiement du réseau, sans motif apparent ni aucune explication aux employés.
Février 2007. Le directeur général réunit les employés et leur explique que l’avenir
de l’entreprise sera clarifié dans quatre mois au plus tard.
Juillet 2007. Quelques employés se voient confier la mission de préparer un « close down plan », plan de l’éventuelle fermeture de l’entreprise.
Septembre 2007. On nous annonce que l’entreprise ne sera pas fermée et que, au contraire, elle sera reprise par un groupe jordanien du nom de « VTel ».
Décembre 2007. On nous annonce que ce même groupe a montré son désintéressement de la reprise de l’entreprise.
Février 2008. A la lumière de la venue à Alger du ministre égyptien des Télécoms, Tarek Kamel, on nous annonce, de la bouche même de Mme Sanae Soleyman, vice-présidente de Telecom Egypt, que l’entreprise sera relancée dans deux mois au plus tard, et nous demande même de « rappeler les anciens » employés de Lacom.
Les mois passèrent sans qu’aucune concrétisation ne se fasse sentir. Pourtant, en juillet de la même année, et en vue d’obtenir des tarifs d’interconnexion avantageux, une convention est signée avec Algérie Télécom en présence de représentants de Telecom Egypt.
Novembre 2008. Une assemblée générale extraordinaire a lieu en Egypte. Le conseil d’administration aurait décidé la liquidation de l’entreprise. Aucun procès-verbal n’est établi.
Fin décembre 2008. Devant l’absence du PV, un mois après l’AGEX, on nous fait comprendre que la liquidation prononcée est nulle et sans effet.
Janvier 2009. On annonce de nouveau la reprise de l’entreprise par un groupe jordanien : Munir Sukhtian Group, détenteur justement de VTel qui a déjà montré son intérêt pour l’entreprise en 2007. On effectue un inventaire des sites composant le réseau. Des visites d’infrastructures sont également effectuées.
Février 2009. L’ARPT entame l’audit du réseau de Lacom, qui se poursuit jusqu’à
la mi-mars. Des retards de déploiement sont constatés et, conformément au cahier des charges, des pénalités sont imposées à l’entreprise.
Avril 2009. On nous annonce que le groupe jordanien a abandonné l’idée de reprendre l’entreprise. Il aurait été lassé par le comportement d’un des actionnaires (Orascom TH) qui n’aurait pas affiché clairement son intention de vendre ses parts.
24 Juin 2009. Une assemblée générale extraordinaire est tenue en Egypte. On décide encore une fois la liquidation de l’entreprise. Les représentants du personnel sont informés que le procès-verbal restera ouvert une semaine, le temps de désigner un liquidateur.
1er Juillet 2009. Une assemblée « complémentaire » est organisée sans la présence des représentants des employés. Un liquidateur algérien est désigné : M. Hadj-Ali Mohammed Samir, expert-comptable et commissaire aux comptes, directeur du cabinet HAP (Hadj-Ali Audit Practice), basé à Ben Aknoun. Le procès-verbal établi ne parle nullement de difficultés financières ni d’un quelconque motif économique ou stratégique. Le sort des employés est également omis.
Août 2009. Le liquidateur se présente au siège de l’entreprise. Il informe les employés qu’il s’agit d’une liquidation conventionnelle.
Septembre 2009. Le salaire du mois d’août n’est pas versé. Aucune explication convaincante n’est donnée aux employés. Selon le liquidateur, il est impossible qu’Orascom Telecom Algérie (Djezzy) continue à assurer les salaires des employés algériens, alors qu’elle le faisait depuis plus de trois mois et que la prise en charge des employés égyptiens est toujours assurée par cette même filiale. La circonstance particulière (rentrée de vacances, ramadhan et rentrée scolaire) n’est nullement prise en considération par les responsables. Une action au niveau de l’Inspection de travail est entreprise par les employés
Octobre 2009. Ni le mois d’août, ni le mois de septembre ne verront leurs salaires payés. L’un des actionnaires (Telecom Egypt) aurait refusé de contribuer au budget
de liquidation. Le 19 du mois, on annonce que le deuxième actionnaire (Orascom TH) va verser sa part (50%) du budget pour permettre d’entamer la liquidation. Le liquidateur évoque quelques problèmes pour la création d’un compte bancaire (chez CityBank, tel que l’aurait exigé OTH) devant recevoir le budget de liquidation. Des négociations entre le liquidateur et les représentants des employés autour de l’indemnisation des employés suite à la rupture de leur relation de travail, prévue pour la mi-novembre, sont entamées.
4 Novembre 2009. Une réunion à l’Inspection de travail entre les représentants des employés et le liquidateur accorde à ce dernier un ultimatum (jusqu’au 16 du même mois) pour verser les trois salaires (août, septembre et octobre) aux employés. Poursuite des négociations sur les indemnités : la fin de la relation de travail est annoncée pour la fin
du mois.
16 Novembre 2009. Les salaires n’ayant pas été versés, un procès-verbal de non conciliation est établi par l’Inspection de travail. Le liquidateur indique qu’un parmi
les comptes bancaires existants de l’entreprise a été « débloqué » et que les salaires seront versés avant l’Aïd (fin du mois).
18 Novembre 2009. Le compte bancaire devant recevoir les salaires et les indemnités
des employés est opérationnel. Le liquidateur aurait appelé les actionnaires pour les en informer leur demander de verser une partie du budget. Pas d’action concrète de la part de ces derniers.
19 Novembre 2009. Au lendemain de la rencontre de football Algérie-Egypte au Soudan, le liquidateur est informé, de la part du représentant d’Orascom TH, que celui-ci
a décidé de ne pas verser les salaires des employés ni de participer au budget de liquidation, demandant au liquidateur de basculer vers la formule « juridique » de liquidation. Le groupe aurait évoqué le saccage de ses structures en Algérie ainsi que le redressement fiscal (Djezzy) dont il a fait l’objet.
Permettez-nous de vous informer, Monsieur le Président, que le saccage de l’entreprise, dans la nuit du 16 novembre, ne peut nullement être retenu comme motif pouvant justifier ce revirement de position, étant donné qu’il s’est agi de vol de matériel informatique vétuste et déjà amorti et d’un mobilier de bureau qui n’était pas dans un meilleur état. Aussi,
le matériel « coûteux » de l’entreprise se trouve, en sécurité, dans ses dépôts de Hammadi
et Khemis-el-Khechna.
Ainsi, le groupe égyptien a voulu tirer profit des derniers événements pour prendre en otage des employés, en refusant de leur verser leurs salaires et en freinant les négociations autour des indemnités de fin de relation de travail.
Monsieur le Président,
Vous n’ignorez sûrement pas la campagne médiatique menée en ces moments par des Egyptiens, durant laquelle nous avons vu des vipères se succéder sur leurs plateaux
de télévision afin de déverser leur venin et leur haine sur tout ce qui est algérien ou relatif aux symboles de notre Nation.
Monsieur le Président,
A notre naissance, nous avons respiré l’air de la liberté. Nos mères nous ont nourris du lait de la dignité. Et c’est tout à fait normal que lorsque nous quitterons ce monde, c’est dans un linceul de fierté que nous serons enveloppés. D’ici-là, nous avons un honneur à défendre, des droits à revendiquer. Un combat à mener, ensemble, sous la bannière de notre Président qui, une fois, avait dit à un septuagénaire « Erfa’ rassek ya’ba ». Oui, lèves ta tète puisque dans l’Algérie d’aujourd’hui nul Algérien ne sera piétiné !
Monsieur le Président,
Nous vous aimons comme quelqu’un peut aimer son père car vous êtes le père de tous les Algériens. Nous vous aimons encore plus pour la position que vous avez affichée et l’acte de bravoure dont vous avez fait montre lors des derniers événements. Nous vous aimerons encore davantage lorsque vous nous rétablirez dans nos droits en empêchant ce groupe égyptien de nous confisquer notre dû et en mettant un terme au chantage qu’il nous fait subir.
Monsieur le Président,
Montrez-leur que l’honneur de l’Algérien est inébranlable ! Montrez-leur que
la dignité et la fierté de l’Algérien ne sont pas des actions cotées dans les Bourses d’Egypte
et dont la valeur pourrait augmenter ou diminuer au gré des événements.
Tahya El Djazaïr, Djazaïr el Izza wel Karama !