Revenons donc sur terre, ou plutôt en mer car c’est de là que nous allons commencer avec le phénomène des harragas. Pauvres malheureux, je les vois tous les jours sur la pénétrante reliant l’autoroute moutonnière à la place du 1er mai. Assis, entrain de guetter le moindre laisser aller au port pour s’embusquer dans un bateau à la recherche de l’Eldorado. Mais le chemin pour y arriver est long, très long. Ceux qui n’ont pas la chance de faire le "voyage" dans une cale ou une cheminée se voient obligés de s’orienter vers le système D, c’est à dire des embarcations de fortune, entassés à 10, 20 ou 30 personnes pour une traversée hasardeuse, tumultueuse et très coûteuse.
Ainsi donc pour pouvoir s’en sortir, ces jeunes doivent traverser la mer. Les incidents sont fréquents et la mer est sans pitié. Une petite vague et c’est le drame. Pour s’en sortir il faut savoir nager et espérer.
La natation, tiens donc. C’est loin d’être le sport national, mais si on regarde bien notre environnement, on se rend vite compte qu’elle fait partie de notre vie quotidienne. Celle des jeunes désespérés en particulier. Je m’explique.
Nous sommes constamment noyés dans nos problèmes quotidiens, les jeunes surtout : logement, travail, transports... Afin de s’en sortir, l’Etat a eu "l’ingénieuse" idée de laner le programme ANSEJ.
T’as besoin de lancer ta petite affaire ? Aucun problème, l’Etat t’offre un crédit de 10 millions de DA.
WAW, l’aubaine ! Ok je prends, mais pour les remboursements ?
Mais tu ne comprends pas ou quoi, c’est l’argent de l’Etat, celui-là même dont s’est servi Khalifa, tu en fais ce que tu veux.
Oui mais ça ne répond pas à ma question, je vais faire un prêt et je risque de me noyer dans mes dettes !!!!!
Et bien tu n’as qu’à apprendre à nager
Même la nature ne nous a pas épargné, des pluies torrentielles s’abattent sur le pays au moment où l’on s’y attend le moins. Vous connaissez l’Algérie en plus : dès qu’il pleut un peu tout s’arrête. Oui en ville, mais en dehors ? Vous lisez les journaux ? Des gamins qui jouaient à côté d’un oued ont été emportés par les eaux, d’autres ont suivi leur maison de boue, emportée dans des rivières poctuelles crées par les torrets qui s’abattent du ciel. Leur seule tort ? Ils ne savaient pas nager. Comment auraient-ils fait pour apprendre eux n’ont jamais vu la mer ?
Ah cette maudite natation, elle joue de mauvais tours à notre chère jeunesse.
Bon, quand il pleut on peut comprendre la chose, mais en période de sécheresse comment expliquer qu’on ait besoin de savoir nager ? Je vous rassure, aucune "main étrangère" n’est intervenue dans cet article, aucun lobby de je ne sais quel installateur de piscines n’est venu me souffler un mot. Ces gamins qui se noient à cause des pluies torrentielles ont aussi besoin de se rafraîchir sous une température de 46° à l’ombre. Comment font-ils ? Je ne parle pas des enfants "défavorisés" qui accèdent au club des pins mais ne trouvent pas un cm² de sable pour planter leur parasol, c’est un tout autre souci. Je parle de ces enfants de ces contrées oubliées qui se rafraîchissent dans des barrages autrement plus dangereux que les égouts déversés sur les plages du "nadi essanawbar".
Ah cette vie. L’eau, les problèmes, tout est extrêmement lié. Qu’on le veuille ou non on se retrouve toujours noyé, emporté dans des rivières de machakil. Si vous vous reconnaissez en lisant cette modeste contribution je vous conseille de vous mettre de suite à la natation car la noyade n’est peut être pas qu’un mot lu dans une karecriture, c’est ce qui nous attend tous un jour ou l’autre car la fatalité existe. En attendant de nager un jour dans une piscine remplie d’huile. Paraît que c’est un signe de richesse...
Rédaction et développement : Red Bull
Idée : ladybird