Algérie : Des vidéos X s’échangent sur portable

jeudi 1er février 2007.

L’affaire des cinq jeunes- trois garçons et deux filles- accusés de constitution de lieux de prostitution à travers la réalisation de vidéos pornographiques, a été finalement reportée par le tribunal de Bir Mourad Raïs en raison de l’absence des concernés, actuellement en liberté provisoire. Ces derniers, ont, rappelle-t-on, été arrêtés par les forces de l’ordre dans un jardin public à El Biar - Alger, en train de faire des tournages via leur portable.

D’ailleurs, depuis quelque temps, tout le monde ne parle que de cela. De ces hommes et de ces femmes, Algériens qui s’adonnent à des rapports sexuels filmés pour faire « comme à la télé ». Cloués au mur de leur lycée implanté en plein centre d’Alger, dans la très branchée rue Didouche-Mourad, Walid, Islam et Hamdi rient sous cape. Téléphones mobiles en main, dans un conciliabule typiquement juvénile, ils s’envoient, via le Bluetooth, tout ce que le « marché » des fichiers vidéo compte de nouveau. Mais, en fait, ce sont beaucoup plus les vidéos pornographiques Made in Algeria qui intéressent la bande. « Pour la nouveauté, il y a la blonde qui vient de détrôner Sihem de Boumerdès. Tout le monde ici même ailleurs ne parle que d’elle », observe Hamdi, gêné mais quelque peu ravi de nous montrer la scène : une jeune femme toute nue dans une chambre confortable qui se donne à un partenaire, qui lui, s’occupe plus de filmer la scène que de... « Il n’ y a pas qu’elle qui se donne ainsi à la caméra des portables. Beaucoup de filles du lycée se filment avec leurs copains, d’au-tres filles, des lesbiennes le font...des mecs homos aussi » assure de son coté Islam alors que son ami Walid lui, sur un ton railleur, dit préférer la fameuse « Sihem » de Boumerdès filmée par son partenaire probablement dans une voiture. Une vidéo célèbre pour l’accoutrement religieux de la jeune fille. Mais les trois restent unanimes quant aux fameux couples de lycéens, devenus célèbres malgré eux, et dont la vidéo a fait le tour des portables du pays.

Tous parlent de cette lycéenne, une belle blonde sexy en jean bleu serré et un décolleté noir, jouant son numéro avec son petit copain. L’écho a été tel que chacun prête à ce couple des rumeurs dont les plus folles affirment que la fille, démasquée par sa famille, a été chassée de chez elle, d’autres rapportent que le frère de la fille l’aurait carrément tuée...le commérage, très développé chez nous, comme il fallait s’ y atten-dre, nourrit la curiosité collective. Ce n’est pas tout. Nacer K. et Mourad, deux lycéens à Aïn-Taya, sont des orfèvres en la matière et qui, à eux seuls, détiennent des collections de vidéos à vous faire tomber des nues. Chez eux, on trouve de tout et tout y passe par Sihem de Boumerdès, Zineb de Tébessa, Laghouatia, Annabia, la Kabyle...Ces deux-là sont au fait du moindre détail et il n’ y a pas de « nouveauté » qui ne passe pas par leurs téléphones. On dirait que leurs deux appareils ne sont conçus que pour absorber ces vidéos. « Je suis le champion de toute la région. Aucun portable ne saurait rivaliser avec mon Samsung D500 », dit Nacer gonflé à bloc par une drôle de fierté.

Comme vous ne les avez jamais vus A Alger comme partout dans les grandes villes, avec cependant une forte influence dans les lycées, tout le monde parle de la X réalité, de ces hommes et ces femmes, algériens, qui s’adonnent à des rapports sexuels filmés dignes d’un téléfilm pornographique classé X. Habitués plus à des vidéos étrangères qui font florès sur la Grande toile et dont le téléchargement se fait souvent à titre gratuit, les Algériens découvrent, certains avec stupéfaction souvent hypocrites, d’autres s’y amusent et y voient un outil implacable pour faire sauter les tabous de nature sexuelle, une toute autre réalité rendue possible par une technologie de pointe qu’aucune morale ni aucune religion n’est en mesure d’estomper. Aubaine ou sacrilège ? Le débat en fait n’a pas encore dépassé le stade du café commerce. Médias, la télévision en tête, inaudibles et intellectuels complètement déphasés pour ce qui est des incidences de la technologie sur le comportement social, le sujet pourtant est sur toutes les lèvres. Pour se mettre dans le bain général, il suffit d’être muni de téléphones mobiles pourvus du Bluetooth- qui est une technologie de réseau personnel sans fils. C’est-à-dire, selon la définition du dictionnaire informatique, une technologie de réseaux sans fils d’une faible portée permettant de relier des appareils entre eux sans liaison filaire.

Contrairement à la technologie IrDa (liaison infrarouge), les appareils Bluetooth ne nécessitent pas une ligne de vue directe pour communiquer, ce qui rend plus souple son utilisation et permet notamment une communication d’une pièce à une autre, sur de petits espaces- et le tour est joué. « Les téléphones dépourvus de Bluetooth ne sont plus à la mode. Tout le monde, les jeunes surtout, cherche à acquérir les nouveaux appareils pour jouir de l’option du Bluetooth et donc télécharger les fichiers qui circulent » remarque l’un des réparateurs de téléphones portables qui pullulent dans la rue Hassiba Ben Bouali. Même si par ailleurs, ça ne reste pas la seule « occupation » de nos jeunes lycéens qui font, eux, d’autres collections en fichiers de musique hip hop, des parodies de discours, des gags...la porno-réalité en tout cas fait fureur et revendique des adeptes dans les milieux scolaires au point où certaines lycéennes, selon nos jeunes interlocuteurs, se font à dessein filmés dans les plus intimes situations. Il paraît, selon nos jeunes, que c’est plus du côté des filles que les vidéos X ont la cote. Approchées, une grande partie de celles que nous avons interrogées, certaines refusent cette « taxation machiste » et accusent au contraire les garçons d’être derrière cette étiquette. D’autres, plus pudiques, se gardent de tout commentaire.

Un tabou cassé qui fait de la casse Il n’ y a pas de fumée sans feu. Derrière ce phénomène qui prend de plus en plus de l’ampleur, il y a forcément de bonnes raisons mais à défaut de sociologues ou d’experts en la matière qui font réellement défaut, l’on ne peut appréhender la chose avec objectivité. Les jeunes, eux, en tout cas, ont leur petite idée sur le sujet. Si pour d’autres types de fichiers, les plus soft, comme ceux de la musique, des vidéos gags ou des parodies des discours politiques, les jeunes y voient une bonne raison pour rigoler ou pour se distraire ; pour ce qui concerne les vidéos pornographiques, les avis restent partagés même si une nette majorité parle de l’influence de la parabole et de ce qui se passe outre-mer, en France notamment là où la vidéo téléphone est devenu un sport national. « Partout dans les Chaînes de télévisions françaises, on voit des émissions et des documentaires sur le sujet. Ce qui a, à mon avis, poussé les jeunes d’ici à en faire autant », fait remarquer Hamdi. Walid a, lui, une autre idée, et accuse les élèves auteurs de ces vidéos de frime déplacée. « Ils veulent montrer à tout le monde qu’ils ont des nanas et qu’ils pratiquent des rapports sexuels », note-il. Que pensez-vous de cela ? « Ce sont des gens oisifs qui font ce genre de trucs. Ils n’ont rien à faire et veulent mûrir bien avant leur âge » répond pour sa part, Adel Athmani, un lycéen en classe deuxième scientifique au plus masculin des lycées d’Alger El Idrissi du boulevard Aïssat idir jouxtant la Maison du peuple, siège de l’Ugta. Même son de cloche, chez Islam et sa clique qui voient, avec davantage de lucidité, en cette prolifération de la porno-réalité, le signe d’un désarroi d’une jeunesse qui n’arrive pas à vivre son âge. C’est-à-dire que, privés de tout, d’un environnement hostile à toute expression juvénile, notamment celle ayant trait à la chose sexuelle, l’on se rabat ainsi en masse peut-être pour assouvir ses besoins dans une société conservatrice par sa tradition et sa religion pour qui tout libéralisation de l’acte sexuel relève de l’impensable.

Il est regrettable que l’on ne se soit pas encore intéressé du côté des intellectuels et des spécialistes à un sujet qui ronge toute une jeunesse. Et ce n’est pas, à la lueur de ce désintéressement total pour demain qu’il faudrait attendre un quelconque signe d’intérêt. Les plus réfléchis eux, comme Islam, soutiennent le contraire et parlent déjà, d’une libéralisation sexuelle qui s’effectue à petits feux et trouvent normal les réactions froissées que ces fichiers suscitent parmi la population. « De toute façon, personne ne peut y faire face. C’est la loi de la technologie. Qu’on soit d’accord ou pas, on n’a pas vraiment le choix. On subit, c’est tout », analyse-t-il. Pas plus que les jeunes, les adultes aussi se sont, eux aussi, mis dans la partie et n’hésitent plus à demander aux petits les fameuses vidéos en se souciant comme d’une guigne de la morale et des règles de bonne conduite. Le phénomène à pris une mesure telle qu’aucune tranche d’âge n’ y est épargnée alors que personne n’ose bouger le petit doigt ne serait-ce que pour expliquer un phénomène qui dépasse de très loin ses simples acteurs.

Le Jour d’Algérie


Laisser un commentaire à cet article

> Algérie : Après Djezzy,une affaire Nedjma ?

> Vimpelcom veut être un acteur à long terme sur le marché algérien

> Rachat de Djezzy

> LACOM : Lettre à l’opinion et pouvoir publique (Act II)

> NOUVELLE PROMOTION NEDJMA

L'Edito
Actualités
Téchnologie
Téléphonie
Economie
Pour elle
KarEcriture
Sports
Culture
Forums
| Qui sommes nous ? | Nous contacter |