Les chiffres annoncés par le médecin conseiller de l’Association algérienne pour la planification familiale (AAPF), Mme Abadlia Fatima, jeudi lors du forum d’El-Moudjahid, sont-ils un indicateur d’une prise de conscience de la femme algérienne sur la nécessité de recourir à un espacement des naissances, ou tout simplement un impératif dicté par des considérations économiques liées à l’évolution de la société algérienne ? Selon le Dr Abadlia, de 10% dans les années 60, elles sont aujourd’hui 60% d’Algériennes à prendre la pilule. « Soixante pour cent des Algériennes utilisent un moyen contraceptif (pilule) contre 10% dans les années post-indépendance. Les Algériens cherchent d’abord la qualité de la vie puis les enfants », a déclaré le Dr Abadlia lors de ce forum consacré à « la santé sexuelle et reproductive des jeunes Algériens ».
Cette évolution dans les moeurs du couple algérien, essentiellement ces deux dernières décennies, renvoie à des considération autres que celles liées directement au désir des Algériens de se conformer à un planning familial proprement dit, même si sur ce registre, le travail de sensibilisation accompli par certaines associations, entre autres l’AAPF, n’est pas à négliger. C’est plutôt l’exigence « économique » qui pousse de plus en plus de couples à opter pour un espacement des naissances. Les conditions socioéconomiques du pays étant tout autres que celles qui prévalaient dans les années post-indépendance, il est aujourd’hui presque rare de trouver encore des couples à huit ou neuf enfants. Le recours au contraceptif n’est pas le propre des « citadines », les moeurs, sous l’impulsion d’une conjoncture extrêmement difficile, ont aussi positivement évolué dans les zones rurales où, jusqu’à il y a quelques années seulement, la pilule était inscrite dans le registre du tabou.
Effectivement, les Algériens cherchent d’abord la qualité de vie et cela passe inévitablement par une maîtrise de leurs moyens pécuniaires. Pour bon nombre d’Algériens, élever un enfant, lui assurer une scolarité pendant plus d’une vingtaine d’année, des soins médicaux appropriés, un strict minimum de confort... etc., coûte aujourd’hui très cher. Plus que l’impératif économique, le recours au contraceptif est aussi dicté par des exigences liées directement à l’environnement immédiat des couples, essentiellement le problème du logement. La maîtrise des naissances est aussi accompagnée par une prise de conscience en matière de prévention chez les femmes algériennes. Cela s’est traduit par une nette baisse de la mortalité infantile ces trois dernières décennies. Selon le Dr Abadlia, de 380 décès pour 100.000 naissances dans les années 80, le nombre est tombé à 98 décès pour 100.000 naissances vivantes actuellement. Le Dr Abadlia a expliqué que la santé reproductive est un concept « très large » qui ne se limite pas comme par le passé à la seule planification familiale. « La santé reproductive englobe, désormais, l’adolescent, la femme, l’homme. En fait, elle s’intéresse à tout ce qui touche à la santé de la famille et de la société », a-t-elle dit. C’est cela que de nombreuses Algériennes ont, au fil des ans, fini par assimiler.
Djamel B. - Le Quotidien d’Oran