Rush sur les agences de voyages

dimanche 15 mai 2005.

À quelques semaines des vacances d’été, des milliers d’émigrés s’affairent à régler les derniers détails de leur voyage vers l’Algérie. Reportage.

Incrédule, un ingénieur algérien nous disait cette chose avec ironie : “Je ne fais pas confiance aux statistiques officielles. Je ne suis pas sûr qu’il y ait plus de Chinois que d’Algériens”. Il justifie son coup de colère par l’expérience. Partout où il va, il trouve une queue. Et dans chaque queue, il ne trouve que des Algériens. Avenue de l’Opéra à Paris. À deux pas de l’Antre de Molière, une trouée s’ouvre, un boulevard, elle ouvre sur le monde. Toutes les agences de la planète sont là, et surtout, celles de nos voisins - Tunis Air et Royal Air Maroc vides, les pauvres, toute la journée... Ils travaillent bien, leurs bureaux sont propres. Ils ne sont jamais envahis. Ils ont mis leur pays en ligne. Leurs monts et leurs vaux s’offrent à la vue de l’univers. Pour aller chez eux, on voyage tranquille. Pour visiter l’Algérie, on commence toujours par la bousculade. Quel que soit le lieu où on se trouve au monde, on est nombreux. Trop. L’Algérien a quand même ce réflexe inimitable, il aime le retour. Il aime son pays. Air Algérie, l’agence centrale est envahie dès le mois d’avril. Pour faire face à la demande de billets, elle se distingue par un comportement unique. Elle ouvre à six heures du matin, l’aube parisienne, une folie. À cette heure, même l’Élysée est fermé. Chirac ne s’est pas encore réveillé. Trois employés sont mobilisés au lever du jour pour distribuer 100 tickets. Il est donc supposé que notamment pour les voyageurs juilletistes et aoûtiens 100 places/jour sont accordées. Faux ! Les passe-droits existent toujours...

C’est dur de voyager en août !

Air Algérie est une compagnie magnifique que les gens qui l’empruntent appellent “Air couscous”. Le couscous est un bon plat. Air Algérie est donc une bonne compagnie. Elle semble être mal gérée. Rien ne peut justifier le fait que son agence Opéra, la plus grande ouvre aux aurores pour ne jamais maîtriser le flux des familles rentrant au pays. Un Algérien, beau sur lui, arrivé à une heure indue (vers 15 heures) se fait interpeller par un agent de sécurité : “Tu voyages quand ?” “Je pars en juillet et je reviens fin août”. Un blasphème ! Il est dès à présent hors de question de prononcer le nom août sur le carré de trottoir qu’occupe Air Algérie sur l’avenue de l’Opéra. Pas plus qu’ailleurs, dans les locaux des vingt-quatre agences de voyages privées, allouées par Air Algérie. Début mai. Les commerciaux de ces agences pianotent sur leurs ordinateurs. Ils cherchent des voies, des billets d’avion pour des gens qui veulent retrouver leurs figuiers ou leur femme. L’écran répond en kabyle : Ulac ! Dur ! Il y a des agences qui font voyager les Algériens et qui ont droit à délivrer deux billets par jour ! La moitié de plusieurs moitiés d’une famille. Avenue Paul-Vailland Couturier à la Courneuve, Saïd tient à faire ce voyage depuis longtemps. Ici, il y a du monde. Plus de Kabyles qu’à Tizi Ouzou. Plus d’Algériens qu’à Oued Ouchaïeh. Il fait très froid, il y a des dames, des mères, elles rêvent d’un abri. L’ouverture de l’agence. Elles font le pied de grue pendant une heure et demie. Le patron arrive, salvateur. Salutaire. Il rigole. Il ne peut pas faire grand-chose. C’est complet sur l’Algérie. On se bouscule au portillon des agences parce qu’il y a une rumeur. L’aller et le retour sur Aigle Azur fait 220 euros. C’est vrai. C’est juste. Mais une fois arrivés au guichet, on se rend compte que ce tarif est de mise si on réserve avant le 12 juin et si on revient au maximum le 30 du même mois. Personne ne voyage à ces dates ridicules. L’employeur français ne libère pas au temps des cerises (au printemps). Les Algériens donc, partent tous en même temps : juillet/août. Autre lieu.

Autre lieu, mêmes mœurs

Même mœurs. Consulat d’Algérie de Bobigny. Le neuf-trois (93). On l’appelle aussi le neuf cube. C’est ici qu’est tout le monde en France. Pour y vivre, il faut parler entre autres kabyle ou arabe... Le tramway qui traverse le département - entre Saint-Denis et Noisy-le-Sec - n’a pas vu un Français depuis longtemps. Ça ne dérange personne. On y vit bien. Au consulat que dirige un beau et bon diplomate, Ali Talaourar, on compte 130 000 Algériens immatriculés dont environ 90 000 binationaux. Un chiffre factice. Qui prête à rire. C’est là où ont atterri tous nos clandos. Ils sont deux fois plus nombreux que les émigrés réguliers. Ils travaillent tous. Ils gagnent beaucoup d’argent et... Ils font les prix en Algérie. Ils sont, ils font l’argus des véhicules et de l’immobilier. Le consulat, les Algériens s’en souviennent à l’approche des congés. Grave ! Pour eux, c’est une fabrique à passe-port. La France, pays sérieux devant Dieu, met trois semaines pour confectionner ce document de voyage. La seule administration au monde qui délivre ce papier dans la journée, c’est le service consulaire algérien. Dans la foulée, cette administration délivre pleins d’autres documents et reçoit avec beaucoup de politesse. De déférence, toute cette bonne volonté n’arrive pas à contenir la colère de l’Algérien. Il crie parce qu’il est obligé d’attendre son tour. Chaque jour, ce consulat - Seine-Saint-Denis - que nous prenons comme exemple parce qu’il est le plus important, presque congestionné, délivre 400 passeports. La charge de travail est immense ! Il y a quelques années, toute “cette entreprise” était installée dans un petit pavillon à Aubervilliers. Une villa sale, indigne des revenus pétroliers et de la beauté de nos côtes et des Algériennes.

Vers des lieux plus décents

Quelqu’un, malin, un juste nous a cherché un lieu plus décent. L’Algérie a fait un grand geste : elle a acheté un siège où elle a installé sa représentation consulaire et ses enfants. Ces derniers sont aujourd’hui presque à l’aise. Ce qu’ils ne savent pas c’est que si le pays toussote encore quelque peu, ses cadres et ses symboles installés à l’étranger tentent de rectifier les contours de son image en redécouvrant le sérieux. Les consulats algériens, qui ont ignoré les Algériens pendant de longues décennies, redécouvrent la citoyenneté et la culture algériennes. Nos représentants visitent aujourd’hui nos prisonniers, nos malades, nos retraités... Toutes choses qui font un pays. Le consulat algérien de Bobigny met même la main aux choses culturelles. Désormais. Il organise des rencontres. Parfois belles. Parfois maladroites. Jamais moches, il tente d’œuvrer. Mais à l’instar des décideurs centraux, il ne connaît pas tous les créateurs. M. Ali Talaourar, le consul veut tout dire d’un coup : il parle du nouveau siège de son administration et de l’action qu’il mène. Il raconte ces 4 800 binationaux qui sont venus se faire recenser pour le Service national... Il n’arrive, cependant pas à comprendre pourquoi son consulat étouffe sous le poids du nombre, des demandes en tous genres. À deux reprises et avant décembre 2004, ses services ont adressé un courrier aux Algériens de son département pour leur rappeler la nécessité de renouveler leur passeport. Ils ne sont pas venus à temps. IIs se sont pointés à l’heure où le soleil a pointé. Début printemps. Ils sont venus tous en même temps pour créer l’ingérable. Ils adorent. Reste quelques interrogations... Pourquoi appose-t-on, par exemple, un timbre fiscal de 2 000 DA (algériens) qu’on fait payer 60 euros sur le passeport. Du vol ? Le consul explique que cela tient à une disposition réglementaire qui découle d’un accord interministériel (Finances, Affaires étrangères...).

Ça n’explique pas grand-chose... Il existait un ministère chargé de la Communauté algérienne installée à l’étranger. Il n’a jamais servi à rien. Il paraît qu’il va être réinstallé.

En attendant, devant les agences d’Air Algérie et d’Aigle Azur, il y aura toujours le calme. Air France vend ses billets 60 euros plus cher. Elle a encore quelques places. Elles n’existeront plus dès que l’appel du cœur et du soleil se fera plus pressant. Rien et l’amnistie n’y comprendra rien, ne peut justifier la galère que les Algériens de l’étranger et donc de France vivent chaque année, à l’heure de rentrer au pays. Rien surtout ne pourra expliquer pourquoi un billet aller-retour (Paris-Alger) fait 457 euros. Avec ce prix, on va en Californie, on rencontre une Américaine, on se marie et on se fait établir une Green card.

Par Meziane Ourad

Source : liberte-algerie.com


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