Marché du téléphone portable en Algérie

lundi 11 avril 2005.

Il n’y a pas à dire, le consommateur algérien féru de portables a de la chance.

Il lui suffit, en effet, de s’accorder un peu de temps pour se laisser accrocher par de très attirants étalages ayant fleuri sur des places connues de tous pour se voir, ensuite, offrir la gamme la plus large de portables à des prix faisant pâlir d’envie n’importe qui dans les pays à revenu par habitant bien plus important que le nôtre. Par quel miracle, vous demanderiez-vous ? Les voies du marché parallèle ne sont finalement pas aussi impénétrables qu’on veuille le faire croire. Entre autres, le très lucratif marché du téléphone portable. C’est la conviction d’une source bien au fait de ce marché où les authentiques investisseurs, les professionnels du secteur, font face à une meute de nouveaux entrepreneurs qui n’ont rien à voir avec le créneau.

Les voies du marché sont . . . pénétrables ! L’étendue du marché parallèle est telle que l’on se demande, aujourd’hui, comment des gens sensés acceptent de se lancer dans une véritable aventure où les règles qui régissent les marchés n’ont pas droit de cité. « Je crois en ce créneau comme je crois en ce pays, pour peu que les règles du jeu soient clairement établies et surtout appliquées. Il est vrai, le marché est infesté de ces porteurs de cabas remplis de portables à ras-bord et d’autres qui ont lancé des microentreprises pour se spécialiser dans l’importation de téléphones portables chez ceux qu’on appelle les dépackeurs », confie un investisseur pas découragé malgré tout par la tournure prise par le marché du portable, lui qui s’est lancé dans ce secteur il y a près de quatre ans alors que le portable n’attisait pas encore les féroces appétits. Il ne fait aucun doute- et ce n’est un secret pour personne - qu’il y a beaucoup d’argent injecté dans le circuit de distribution du téléphone mobile.

Des sommes qui, évidemment, échappent à tout contrôle depuis un an et demi à deux ans. Et, eu égard au fulgurant développement de la téléphonie mobile, la situation prend une ampleur si bien que l’on n’est plus étonné de voir un entrepreneur en bâtiment ou dans n’importe quel autre secteur d’activité se transformer en spécialiste de la téléphonie mobile du jour au lendemain. Plus grave encore, soupçonne- t-il, il n’est pas à écarter qu’une partie des capitaux injectés dans ce créneau pour un recyclage, provient du terrorisme. « Pour un pays comme le nôtre, atteindre le chiffre de cinq millions d’abonnés en un si court laps de temps n’est pas sans engendrer des répercussions sur le marché de la téléphonie mobile. Les Algériens se sont malheureusement retrouvés à acheter n’importe quoi, n’importe où et n’importe comment », estime notre source qui s’attarde quelque peu sur les chiffres officiels.

Selon les statistiques établies pour l’année 2004, près d’un million et demi d’appareils sont entrés par la voie légale. A côté, tout le monde imagine un peu combien de portables ont emprunté ces chemins de traverse connus de tous pour atterrir dans des vitrines proposés à des prix entre 25 et 30% moins chers que ceux pratiqués chez les distributeurs officiels. Sur certains modèles, par exemple, une rapide comparaison fait ressortir une différence de prix de . . . dix mille dinars ! A l’Est comme à l’Ouest, il y a toujours du nouveau Comme pour toutes sortes de bien de consommation, depuis que notre pays s’est ouvert comme jamais on osait l’imaginer, les voies privilégiées d’approvisionnement du marché du portable se sont multipliées. Et très vite, à croire notre source, elles ont été identifiées. Pour avoir une idée sur le fonctionnement de ce marché,un tour s’impose du côté d’El-Harrach, au quartier Belfort, où des dizaines de grossistes se sont installés pour transformer les lieux du touau tout. « Là, selon notre source, vous trouverez tous les portables qui existent au monde. Ils ont été “importés” d’Espagne, d’Allemagne, d’Italie, d’Angleterre et, bien sûr, comme pour beaucoup d’autres biens de consommation, à partir de Dubaï ».

A se fier aux confidences de ce professionnel, la perméabilité de nos frontières terrestres est apparue au grand jour. Il cite l’exemple de cette filière qui active à l’est du pays, dans les environs de Tébessa, ou encore à l’ouest, du côté de Maghnia, le paradis des trabendistes en tous genres, d’où on alimente le marché algérien du portable. Ce sont ces appareils, en grande partie, que vous retrouverez à Tizi-Ouzou, à Blida, Tiaret ou n’importe quelle autre ville d’Algérie. Et lorsque vous demandez un portable le vendeur vous réplique « Un portable avec ou sans boîte ? » Là, vous pouvez être sûr que votre appareil est arrivé en Algérie à dos d’âne ou grâce au cabas. Ceci pour les frontières terrestres. Toutefois, la plus prisée des voies d’approvisionnement, selon la même source, se trouve être, depuis quelques mois, celle de l’autre côté de la Méditerranée vers laquelle se sont orientés d’ingénieux importateurs, aussi bien de banals porteurs de cabas que des chefs d’entreprise dûment établis. Dans les grandes villes européennes, nos porteurs de cabas savent à qui s’adresser pour faire leurs très particulières emplettes.

Arrivés là-bas, ils se dirigent droit chez ceux qu’on appelle les dépackeurs. Les dépackeurs, vous connaissez ? Un dépackeur, c’est quoi ? Exemple : un opérateur de téléphonie mobile établi en France signe une convention avec un fabricant d’une marque bien connue de portables, ou ses représentants, pour personnaliser aux couleurs, et avec le logo bien évident de l’opérateur, un appareil bien précis de ladite marque de portable. L’opérateur commande un million d’appareils personnalisés, avec le logo de l’opérateur bien visible et un logiciel spécifique, pour un pack dans lequel - tout le monde doit le savoir - les opérateurs cèdent les mobiles à des prix dérisoires, l’essentiel étant la puce. Mais, il se trouve qu’après avoir écoulé les trois quarts de sa commande, l’opérateur a rentabilisé son pack et décide de céder le reste de sa commande, à prix bas, à de petites sociétés intéressées surtout par l’appareil. Ce sont ses sociétés que l’on connaît maintenant sous le nom de dépackeurs.

C’est à partir de là que le prix du portable commence à prendre un coup. Ces dépackeurs fourguent le produit à des prix fort attrayants et avec des factures de complaisance, à cette inespérée clientèle venue de nombreux pays dont, bien entendu, d’Algérie où prolifèrent des micro-entreprises spécialisées dans l’importation de téléphones portables dont beaucoup, selon notre source, jouent à un jeu pas très honorable. Ces mobiles sont donc acquis par nos importateurs, la plupart du temps en argent liquide, à des prix qui n’ont rien à voir avec ceux déclarés, mais n’atteignant jamais ceux des appareils affichés chez nous, chez les distributeurs ou les représentants agréés par les constructeurs de mobiles. C’est ainsi que chez nous, il est devenu tout à fait banal de voir des appareils aux logos du français SFR, de l’anglais Vodafone ou encore de l’allemand T-Mobile et d’autres opérateurs, accrochés au cou des badauds dans les rues de toutes les villes et villages d’Algérie. Une homologation pour des appareils déjà homologués Ces appareils appartenant, donc, à des opérateurs bien identifiés se retrouvent comme par enchantement étalés sur des vitrines bien de chez nous.

Et, souvent, se plaint notre source, on se retrouve avec des appareils bien déterminés, catalogués appartenant à un opérateur connu donc homologués là-bas, être proposés à l’homologation par l’autorité de régulation. Comment peut-on présenter à la validation par l’autorité de régulation un V55 de Sagem alors que cet appareil a été déjà homologué en France pour un opérateur de la téléphonie mobile ? « Une aberration de plus à laquelle les autorités régissant ce secteur doivent mettre un terme parce qu’il y va de sa crédibilité » estime notre source. Il faut dire à la décharge des autorités chargées de la gestion du secteur, tout comme pour ce qui concerne les douanes d’ailleurs, que nos importateurs, du moins ceux qui font dans le trabendo, ne sont pas les moins ingénieux.

Tellement ingénieux qu’ils donnent de l’urticaire aux réels investisseurs dans ce créneau qu’est la téléphonie mobile. La solution alors ? Dans une grande mesure, elle est entre les mains des pouvoirs publics. Le simple citoyen, quant à lui, sait à quoi s’en tenir surtout que depuis quelque temps ils sont légion ceux qui se sont fait avoir après s’être payé un portable dont la durée de vie a été dans certains cas de moins de trois mois. Ce sont ces histoires de déverrouillage et de flashage auxquels l’opérateur étranger soumet les appareils achetés chez un constructeur pour les proposer en pack avant de les céder aux petits revendeurs, ces dépackeurs par lesquels sont passés les portables que l’on retrouve dans bien des vitrines de chez nous. A. M. 

Source : lesoirdalgerie.com


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